Principes de gouvernance projet ENT

1. Cadre d’utilisation de l’outil

Le présent outil a pour objet de définir les principes de gouvernance applicables à la mise en œuvre d’un projet d’Espace Numérique de Travail (ENT). Il vise à fournir un cadre commun permettant d’organiser le pilotage du projet, de clarifier les responsabilités des acteurs et de sécuriser les processus de décision.

La réussite d’un projet ENT repose sur une gouvernance partenariale structurée, fondée sur la coordination des acteurs, la transparence des décisions et la formalisation des responsabilités.

Ce document constitue un outil de référence pour les porteurs de projet. Il doit être adapté aux spécificités locales et complété, le cas échéant, par des documents contractuels (conventions de partenariat, marchés publics, etc.).

2. Principes généraux de gouvernance

L’espace numérique de travail est au cœur d’un large écosystème, constitué par l’ensemble des entités et organisations qui interagissent dans un même environnement technologique pour contribuer notamment à :

  • Définir et encadrer les ENT : le ministère en charge de l’Éducation nationale définit les orientations stratégiques qui encadre la définition et la mise en œuvre des ENT et oriente l’offre de solutions ENT.
  • Mettre en œuvre les projets ENT : le projet ENT est défini et piloté par des porteurs de projet généralement issus des collectivités territoriales, de l’Éducation nationale et des autorités en charge de l’enseignement agricole et maritime. La mise en œuvre d’un projet ENT intègre les caractéristiques organisationnelles des écoles et des établissements scolaires de son périmètre en prenant notamment en compte les cités scolaires1 ou les établissements polyvalents (lycée général-lycée professionnel).
  • Apporter la solution fonctionnelle et technique y compris en intégrant d’éventuels services externes : la réalisation et la mise en œuvre de la solution ENT sont assurées par des éditeurs ou intégrateurs responsables de la fourniture des différentes fonctionnalités de l’ENT et des services permettant sa mise en œuvre, sous le contrôle de la maîtrise d’ouvrage.
  • Maintenir en condition opérationnelle la solution : la maintenance applicative est assurée par une équipe de mainteneurs qui assurent la correction des éventuelles anomalies, la réalisation d’évolutions et contribuent à la continuité de service dans le temps et dans l’espace, en relation avec les éditeurs et intégrateurs et les exploitants et hébergeurs.
  • Accompagner et apporter un support aux utilisateurs : l’accompagnement et la formation dont la responsabilité est portée par l’académie sont indispensables pour promouvoir et développer les usages de l’ENT. Ils peuvent être délivrés à distance et/ou en présentiel selon les organisations mises en place et complétés par d’autres dispositifs : guides pratiques, tutoriels … Le service support contribue à répondre aux utilisateurs en face de difficultés sur l’ENT ; il fait le lien avec les équipes de maintenance.
  • Utiliser la solution : L’ENT interagit avec différents fournisseurs d’identité ou pourvoyeurs de données d’identité de l’Éducation nationale, du ministère en charge de l'enseignement agricole et des collectivités territoriales. Il s’interface également avec différents fournisseurs de ressources, choisies par l’école / l’établissement scolaire, ou par le ministère. Les porteurs de projets ENT et les acteurs intervenant dans les projets ENT bénéficient du cadre contractuel du Gestionnaire d’accès aux ressources (GAR)2 qui est un point d’échange unique, simplifié, sécurisé et encadré en termes d’échange de données à caractère personnel avec les fournisseurs de ressources adhérents aux accords contractuels du GAR.
  • Suivre, évaluer et développer les usages : Afin d’harmoniser le suivi de l’utilisation de l’ENT, quels que soient les plateformes et les projets concernés, un outil de mesure d’audience permet, via le dispositif national de mesure d’audience (DNMA) qui s’appuie sur des standards internationaux3, d’évaluer l’utilisation effective des services de manière quantitative et objective, en distinguant notamment les notions normalisées de pages vues, de visites, ou de visiteur unique. Le référentiel fonctionnel, technique d’intégration du DNMA des ENT détaille la mise en place des marqueurs dans les projets ENT.

La gouvernance d’un projet ENT repose sur une organisation claire permettant d’assurer la cohérence entre les objectifs stratégiques du projet, sa mise en œuvre opérationnelle et les besoins des utilisateurs.

Elle s’appuie sur trois principes structurants. Le premier principe est celui de la gouvernance partenariale. Compte tenu du caractère partagé des compétences, aucune décision structurante ne peut être prise sans une concertation associant les différentes parties prenantes, notamment les collectivités territoriales et les représentants des établissements.

Le second principe est celui de la gouvernance multiniveau. Le pilotage du projet doit être organisé en articulation entre les niveaux stratégique, technique et opérationnel. Cette organisation permet d’assurer la déclinaison des orientations nationales et territoriales tout en tenant compte des spécificités locales et des usages au sein des établissements.

Le troisième principe est celui de la transparence. L’ensemble des décisions prises dans le cadre du projet doit être formalisé, tracé et partagé. Cette exigence vise à garantir la lisibilité des arbitrages et à sécuriser le pilotage du projet dans la durée.

3. Organisation des instances de gouvernance

Il est recommandé d’organiser la gouvernance d’un projet ENT autour d’un ensemble d’instances complémentaires, chacune disposant d’un périmètre d’intervention clairement défini.

  1. Le comité de pilotage constitue l’instance stratégique du projet. Il est chargé de valider les orientations générales, d’arbitrer les choix structurants, notamment en matière de budget, de calendrier ou de périmètre fonctionnel, et de suivre les risques majeurs. Le comité de pilotage réunit les représentants des principaux partenaires du projet, en particulier les collectivités territoriales.
  2. Le comité technique assure la gestion opérationnelle du projet. Il prépare les décisions du comité de pilotage, suit l’avancement des travaux et coordonne les acteurs impliqués dans la mise en œuvre de la solution ENT. Il traite notamment des sujets techniques, fonctionnels, de sécurité et de conformité réglementaire.
  3. Des instances opérationnelles ou groupes de travail peuvent être constitués pour traiter des thématiques spécifiques, telles que l’accompagnement des utilisateurs ou le support. Ces instances contribuent à la remontée des besoins et à la validation des solutions mises en œuvre.

Dans une logique de simplification, il est recommandé de s’appuyer en priorité sur les instances existantes et d’éviter la multiplication des comités.

4. Répartition des rôles et des responsabilités

La gouvernance du projet repose sur une clarification explicite des rôles et responsabilités des acteurs. Cette clarification peut s’appuyer sur le RACI – document de référence pour le numérique pour l’éducation, reprenant de la répartition théorique des compétences telle que prévue par les textes réglementaires de référence.

Chaque activité du projet doit ainsi identifier les acteurs qui réalisent les actions, ceux qui en assurent la validation, ceux qui doivent être consultés et ceux qui doivent être informés. Ce modèle permet de sécuriser les processus de décision et d’éviter les situations de flou ou de chevauchement des responsabilités.

Dans le cadre d’un projet ENT, cette répartition doit refléter la distribution des compétences entre les acteurs publics. L’académie intervient notamment sur les orientations pédagogiques, les cadres de référence et certains services nationaux, tandis que les collectivités territoriales sont en charge des infrastructures, des équipements et, dans de nombreux cas, du portage technique de la solution. Les établissements et écoles assurent quant à eux la mise en œuvre opérationnelle et l’appropriation des usages.

À titre illustratif, la définition des orientations pédagogiques relève principalement de l’académie, la définition des choix techniques de la solution ENT implique fortement les collectivités territoriales, et la mise en œuvre dans les établissements repose sur les équipes éducatives. Cette logique doit être précisée dans une matrice RACI adaptée au projet, formalisée dès la phase de cadrage.

5. Processus de décision

Le processus de décision doit être structuré afin d’assurer la cohérence des arbitrages et la fluidité du pilotage.

Les sujets sont en premier lieu instruits au niveau des instances opérationnelles ou des groupes de travail. Ils sont ensuite consolidés au sein du comité technique, qui formule des propositions. Les décisions structurantes sont enfin soumises à validation du comité de pilotage.

Ce processus garantit que les décisions reposent sur une analyse préalable et qu’elles prennent en compte les contraintes techniques, réglementaires et organisationnelles du projet.

Il convient par ailleurs de formaliser l’ensemble des décisions prises, notamment au sein d’un registre de décisions. Ce registre permet de tracer les arbitrages, d’en conserver les justifications et de faciliter leur suivi dans le temps.

6. Articulation avec les dispositifs contractuels et réglementaires

La gouvernance du projet ENT s’inscrit dans un cadre plus large, comprenant les conventions de partenariat entre acteurs, les marchés publics relatifs à la solution ENT et les obligations réglementaires, notamment en matière de protection des données.

Elle doit être cohérente avec ces dispositifs et contribuer à leur mise en œuvre. Ainsi, les rôles et responsabilités définis dans le cadre de la gouvernance doivent être alignés avec les dispositions contractuelles et les obligations légales applicables au projet.

7. Suivi du projet et amélioration continue

Il est recommandé d’intégrer dans la gouvernance un dispositif de suivi permettant d’évaluer l’avancement du projet, la qualité du service rendu et l’atteinte des objectifs.

Ce suivi repose sur la mise en place d’indicateurs partagés, portant notamment sur le déploiement de la solution, les usages, la qualité de service et les incidents. Les résultats doivent être présentés régulièrement dans les instances de gouvernance afin d’éclairer les décisions.

Une démarche d’amélioration continue peut également être mise en œuvre. Elle s’appuie sur les retours d’expérience des utilisateurs, l’analyse des incidents et les évolutions des besoins. Cette démarche permet d’adapter en permanence le dispositif de gouvernance et le fonctionnement du projet.


  1. Une cité scolaire est un ensemble immobilier constitué d'au moins 2 établissements scolaires qui utilisent en commun des locaux, et dont au moins un est un établissement du second degré. On entend ici par établissement : les collèges, les lycées généraux, les lycées professionnels, mais aussi les écoles dans le premier degré. ↩

  2. Le GAR (Gestionnaire d’Accès aux Ressources) est un dispositif technique et juridique qui permet l’accès des élèves, enseignants et agents participant à l'action éducative, aux ressources numériques et services associés, en assurant la protection de leurs données à caractère personnel. ↩

  3. Le dispositif national de mesure d’audience a retenu une technologie et une méthodologie, reconnue au niveau international, de mesure d’audience de sites web fixes et mobiles et d’applications mobiles ; elle est basée sur les standards de l’IFABC (International Fédération of Audit Bureaux of Certification, http://www.ifabc.org/). ↩


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